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GRAPE - Recherches : Professionnels de la petite enfance : au risque des émotions   Professionnels
de la petite enfance :
au risque des émotions


sous la direction de Pascale Mignon et Christian Nain

Les professionnel(le)s de la petite enfance sont bien souvent bousculé(e)s dans le travail qu’ils exercent auprès des enfants petits et de leurs parents. Un sourire de bébé et c’est l’émerveillement, des pleurs de bébé et c’est le désenchantement : les idéaux se troublent après quelque temps d’exercice dans un lieu d’accueil, de garde, de placement d’enfants tout petits. Depuis nombre d’années la société nous pousse à porter toujours plus d’attention sur ces bébés et leur famille, essentiellement par souci de prévention ou de protection. C’est dans ce sens, en y alliant des objectifs économiques, que de nouvelles directives ont vu le jour (multi-accueils, P.S.U…). Depuis quelques années aussi nous remarquons que les professionnels se sentent impuissants parfois, s’épuisent beaucoup, ou encore s’absentent. Une situation qui nous préoccupe. Tentons d’en comprendre les enjeux par la réflexion et le partage d’expériences pour la dépasser.

« Soyez professionnels ! », « Prenez du recul ! », « Gardez de la distance ! ». Des paroles souvent entendues qui viendraient souligner que le professionnalisme est fréquemment associé au silence, voire à la maîtrise des affects, des émotions. Mais comment entendre alors ces éprouvés qui surgissent bien malgré nous, qu’il s’agisse d’amour, de compassion, de douleur, de rejet ou de haine ? L’intime vient nous surprendre sur le lieu professionnel. Les frontières ne sont pas hermétiques entre le privé et le public. Le domicile de l’assistante maternelle est-il un espace professionnel ? En quoi la crèche ou la pouponnière est-elle aussi un lieu d’existence pour les adultes ?

Se laisser affecter par un tout-petit ouvre à une disponibilité psychique et physique, si tant est qu’on ne fasse pas l’économie d’une élaboration : nommer ce lien qui se construit, reconnaître cet attachement qui se tricote en l’absence des parents, éviter le recul qui pourrait s’accroître de rencontre en rencontre faute de se dire. N’est-ce pas un signe de l’engagement du professionnel ? Une marque de son désir ?

Engagement qui se démarque d’un lien exclusif qui, lui, se révèlerait être un piège. Le piège où la seule relation à l’enfant, une relation duelle, serait suffisante. Il y a les autres, les collègues, des femmes souvent, des hommes quelquefois. Ils sont là pour penser le travail à plusieurs, réfléchir dans un possible partage, permettre ces « pas de côté », et éviter l’enfermement dans ce monde de la petite enfance. L’indifférenciation entre les adultes et les enfants en est un des signes et des effets, au risque de l’isolement du sujet, soumis alors à l’émergence d’affects laissés en friche. Le quotidien et la routine œuvrent aussi sur nous avec ou sans modération, usant nos capacités créatives, rabotant notre sensibilité, escamotant nos ressentis, nos émotions. La culture, l’art, le théâtre qui les mettent sous la lumière de façon inattendue, qui invitent aux échanges, pourraient-ils être des appuis pour les redécouvrir ?

Si, il y a quelques années, les parents étaient souvent mis à l’écart dans les structures petite enfance, aujourd’hui la question serait plutôt de savoir quelle place leur donner. En quoi la présence des parents, physique mais aussi psychique, fait garantie, pour ces adultes, de maintenir leur place et leur fonction auprès de l’enfant ? Mais en quoi aussi cette présence peut-elle entraîner une forme de dépossession du travail des professionnels qui devraient se plier à certaines exigences portées par les parents ?

Deux journées de colloque pour donner des pistes de réflexion, favoriser des ouvertures qui mettront notre esprit en éveil, et continuer ainsi à inventer, créer, maintenir le plaisir et le désir de travailler ensemble.





T A B L E   D E S   M A T I E R E S


 
Avant-propos
Pascale Mignon, Christian Nain

 
Introduction
Denise Bass

1 - Personne ?

 

Ulysse suivi de Persée (Extraits)
Jean-Pierre Vernant

 
Y a quelqu’un dans le sujet ?
Henri De Caevel
 
Un équipage qui s’embarque, un capitaine sur le pont
Anne Fonsagrive
 
Jouer et pas seulement ramer
Pascale Mignon

2 - La vie privée au portemanteau

 

L’émotion n’est pas une menace
Frédéric Vengeon

 
Petite histoire de la haine ordinaire
Fabienne Lefoll
 
Quand le psychologue entre en scène :
« Qu’est-ce que “ça fait” un psychologue dans une crèche départementale ? »
Nicole Desassis, Pierre Duclos, Géraldine Goure

3 - « On est pas la mère »

 

Vouloir ou subir la présence des parents
Marina Stéphanoff

 
Les mères, nourrices à la crèche : crainte ou risque ?
Marie-Christine Nagy, Lynda Emmeran, Anne-Laure Ferté,
Mireille Guennoc
 
La langue des parents à l’école maternelle :
guerre des langues ?
La langue, terre de l’exil et de la migration
Catherine-Juliet Delpy
 
Chorégraphie d’une adaptation
Natacha Lion

4 - Y a quand même des limites

 

Accueil optimisé des bébés : les professionnels comptent-ils ?
Marie-Thérèse Allirot, Pierre Duclos, Charline Ferrand, Maryvonne Legall, Laure Nivel-Craplet, Claire Vicente-Brion

 
Observation des enfants terribles, une attention créatrice
Martine Maurice

Témoignages : isolement et routine, imaginer des pas de côté

 

Dans un placement pré-adoption
France Billot

 
Dans un centre maternel
Sylvain Boisseleau
 
Dans une crèche collective
Ilda Modesto
 
Chez une assistante maternelle
Michèle Delorme
 
Dans une pouponnière
Corinne Lièvre


 

Conclusion
Isabelle Ferment-Lhuillier

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