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GRAPE - Recherches : Au fil de la parole, des groupes pour dire dans le secteur psychosocial   Mélodrame et mélo-dit
de la séparation

De l’enfant objet des dysfonctionnements de sa famille
à l’enfant objet des idéologies institutionnelles


sous la direction de Denise Bass et Marina Stéphanoff

Alors que la famille est secouée par de multiples mutations à l’image de la société en perte de repères, on peut s’étonner qu’elle reste au coeur des dispositifs de protection de l’enfance, d’accueil et de soins pour les enfants.

La référence à l’autorité parentale, dans sa lecture la plus rigide, est une des illustrations de l’idéologie du lien indéfectible parents/enfant fondé sur le juridique. Les droits SUR l’enfant mais aussi le droit à le voir et à l’avoir, à tout savoir, à tout décider pour lui, voire à en jouir…ne sont pas sans évoquer l’ancienne puissance paternelle.

Le manque est inacceptable. “Nous ne savons renoncer à rien”: Freud pointait déjà cette extrême difficulté à penser la séparation. Si autrefois on fondait une famille pour avoir des enfants, aujourd’hui c’est l’enfant qui fonde la famille. Ce renversement de places convoque l’enfant à combler le manque des parents.

Les enfants ont besoin de leurs parents pour se construire et les travaux de J.Aubry, M.David, G.Appell…l’ont largement démontré. Mais aujourd’hui quand on parle de maintien des liens, est-ce toujours au nom de la souffrance de l’enfant séparé ou au nom du droit des parents ?

Même quand leurs compétences ont été remises en cause par un jugement civil ou pénal, les parents conservent l’essentiel des prérogatives afférentes à l’autorité parentale ; paradoxe d’une société qui érige la protection de l’enfant en exigence absolue, mais ne peut supporter de priver des familles défaillantes de leurs enfants ni de l’exercice de leurs droits sur eux. Alors toute mesure d’assistance éducative ne risque t-elle pas d’être vidée de son sens ?

Ainsi la loi de 2002, qui est incontestablement une avancée éthique sur le droit des personnes, peut générer des effets pervers et violents pour les enfants.

La question de la séparation met en tension les logiques juridiques, administratives et financières, éducatives, thérapeutiques et d’accueil qui s’affrontent plutôt que de pouvoir trouver des modes de compréhension mutuelle.

Dans un tel contexte, comment les professionnels investis de la charge de préconiser ou décider de la séparation peuvent-ils la penser autrement que dans la culpabilité ou l’échec ?

Alors, l’enfant risque d’être placé brutalement, dans l’urgence et tardivement, faute d’avoir travaillé l’entre-deux. Ce temps, de l’indication de séparation à celui de l’arrivée en lieu d’accueil qui est à l’heure actuelle très peu existant, ne permet pas souvent d’en imaginer les enjeux.

Penser une famille d’accueil plutôt qu’un internat, penser des frères et soeurs ensemble ou séparés…, cela demande, au delà des synthèses et des rapports, tout un temps d’élaboration.

Quand un lieu d’accueil, et spécialement une famille, est un projet de vie pour l’enfant, cela exige qu’on attende des familles d’accueil bien autre chose qu’une “place libre”. Pour que le Placement Familial soit considéré comme un lieu de soins sur lequel s’appuie le travail de distanciation, base de la fonction structurante de la séparation, il importe qu’au-delà du statut professionnel soient encore reconnus aux assistantes( ts) familiales(aux) la capacité et le désir d’accueillir des enfants avec lesquels elles(ils) partageront leur vie de famille.

La réflexion clinique entre ceux qui reçoivent l’enfant après séparation : services publics et privés, familles d’accueil, et tous ceux qui la préconisent : services sociaux, pédopsychiatres, médecins de PMI, responsables de services d’AEMO, directeurs départementaux “enfance et famille”, et les juges qui la décident…, devrait faire évoluer les représentations des uns sur les autres, favoriser les échanges et permettre de comprendre les différences nécessaires de logiques selon la mission de l’institution et le degré de responsabilité que cela implique.

Penser “à plusieurs” l’avant placement, c’est peut-être retrouver la possibilité de prendre suffisamment de risques dans l’intérêt des enfants. C’est aussi peut-être pouvoir s’engager pour donner une meilleure garantie que la séparation ne sera pas vaine.





T A B L E   D E S   M A T I E R E S



Avant-propos
Denise Bass


Introduction
Denise Bass, Marina Stéphanoff

1 - Famille je vous hais, famille je te veux


La famille peut-elle être démocratique ?
Omar Belhassain

L’égalité en famille : liberté, fraternité… folie ?
Jean-Pierre Winter

Mon enfant à moi : sacrée autorité parentale
Serge Lesourd

Droit sur l’enfant, droit à l’enfant ? Un conte de la vie ordinaire
Daniel Gorans

2 - L’insoutenable séparation


Que reste-t-il de leur famille : des risques à prendre ?
Christian Chomienne

Confusion des liens entre l’enfant et ses parents : les parents fantômes
Marlène Iucksch

Plus de lois, plus de dispositifs, plus de procédures… moins de sujet !
Françoise Petitot

L’indication de séparation : une construction institutionnelle et interinstitutionnelle garantissant un travail d’élaboration
Patrick Martin

3 - Comment penser une place pour l’enfant


Parents et enfants : des usagers de la protection de l’enfance ?
Frédérique Eudier

Les conséquences du normatif institutionnel : gérer des places tout en faisant une place à l’enfant
Jeanine Oxley

La professionnalisation des assistantes familiales au service de l’enfant
Jutta de Chassey

Séparation sans rituel…
Danielle Lefebvre

La fonction du symptôme en placement familial
Arlette Pellé

4 - Polyphonie des professionnels


Usage et mésusage du juridique par les professionnels
Alain Boucher

Pour quoi et pour qui écrit-on ?
Jacques Riffault

Polyphonie autour d’une situation
avec Christian Mesnier, Alain Leroux, Christophe Seys, Edouard Missolo, Annie Planchenault, Danièle Zachara, Pierre-Marie Delval

5 - Clinique


Autour d’un écrit professionnel : le projet personnalisé de l’enfant
Marina Stéphanoff

La sexualité des enfants accueillis : scandale dans les familles d’accueil
Michelle Rouyer

Jusqu’où ne pas séparer les bébés de leur mère ?
Laurette Detry

À propos des bébés séparés de leur mère en pouponnière et familles d’accueil
Entretien avec Vida Malek-Yonan, interviewée par Pascale Mignon

6 - Témoignages


Un dispositif départemental de signalements
Présentation de la cellule de l’urgence, des signalements et de l’observatoire des enfants en danger du Val-de-Marne
Eric Signarbieux

Les parents : être contraints à consentir ou consentir à être contraints ?
Sylvie Garcia-Guillem

Réseau d’observations croisées
Dominique Guilhaume

Du passage à l’acte à la décision : un temps pour penser ?
Laurent Choubrac et Bénédicte Lepetit

Être assistante familiale aujourd’hui
Martine Patron-Chalubert

Conclusion


Le mélo est dit
Henri De Caevel
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