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GRAPE - Recherches : Au fil de la parole, des groupes pour dire dans le secteur psychosocial   Au fil de la parole,
des groupes pour dire

dans le secteur psychosocial

sous la direction de Henri De Caevel et Denise Bass

Dans le champ médico-psycho-social et éducatif, les groupes croissent et se multiplient : groupes de parents, groupes d’ados, groupes d’enfants, groupes de professionnels, groupes d’usagers, sans oublier les “groupes de mêmes” (même symptôme, même handicap, même problématique…).

Il est vrai que le premier groupe auquel le petit humain est généralement confronté est sa famille. Il y découvre l’amour et la haine, le conflit œdipien et le vœu de meurtre du père, les joies et les frustrations de la rivalité fraternelle. De ce groupe il devra sortir pour en fonder d’autres, sur le schéma culturel de l’exogamie.

Dès la petite enfance, il est vrai aussi que certains enfants accueillis dans un groupe, en crèche, peuvent y trouver une place singulière, se confronter à la différence, à l’altérité. Au temps de l’adolescence, c’est encore dans les groupes que les enfants grandissants trouvent de la force pour négocier la séparation.

Mais qu’est-ce qui pousse donc aujourd’hui les institutions à vouloir réunir les personnes (usagers ou professionnels) dont elles ont la charge dans des groupes dit “de parole” ? Quels sont les buts conscients et inconscients de ceux qui les proposent ? Si les objectifs essentiels de ces groupes sont que les participants “parlent”, il est urgent de repenser le sens donné au mot “parole”.

Dans ces groupes en tout cas la parole est conviée : quelquefois elle sert à se masquer, à habiller le corps pour supporter d’être regardé, ou bien elle sert à parler surtout des autres avec une évaluation de leurs comportements. La parole est alors très vite jugeante. Elle peut également devenir “prédictrice” dans le sens où elle aurait à donner des réponses toutes faites à des questions à peine élaborées.

Le groupe est aussi le lieu du corps. Il convoque toutes les pulsions qui seront excitées ou inhibées.

Repéré comme étant à l’articulation du sujet et du social, il est l’espace qui devrait permettre au sujet de rencontrer les autres, de rencontrer une parole qui l’identifie et le reconnaît, ainsi qu’une parole qui sépare et engendre de l’altérité.

C’est ainsi que certains membres des “groupes de mêmes” pourraient être tentés de se refermer sur l’homogène, sur l’évitement de l’autre dans un mécanisme de l’ordre du déni.

Le groupe confronte aussi à la structurante mais néanmoins coûteuse différence des sexes. La remise en cause actuelle de la mixité dans les écoles est-elle à entendre comme une affirmation de cette différence ou une façon de se soustraire à la nécessaire rencontre entre les deux sexes, essentielle à la reconnaissance des autres différences ? Ceci nous rapproche des thèmes fondamentaux de notre époque comme le risque des ghettos dans les cités, la peur de l’étranger à laquelle certains croient pouvoir lier l’insécurité.

Certains groupes sont centrés sur le groupe lui-même et ont comme objectif de travail son propre fonctionnement (le training-group par exemple). D’autres, comme certaines thérapies familiales, veulent avoir des effets sur un groupe réel, la famille en l’occurrence.

Tout autre est l’usage des groupes dans une visée thérapeutique. Conçus dans des champs théoriques différents, leur projet devrait être alors d’aider le participant à sortir du groupe originel (familial, sociétal,…) où il est pris et risque de se perdre, par l’élaboration d’une démarche personnelle.

Les professionnels, eux, ont comme outils “l’équipe”, la “supervision”, “les groupes de parole”. Mais s’agit-il pour autant de groupes ? Selon le dispositif, quelle part du sujet est sollicitée, quelle attente d’affiliation des individus au groupe est imaginée, quel projet de cohérence institutionnelle est souligné ?

Lorsqu’on pense “groupe”, l’intérêt est-il lié à un souci d’efficacité, de rentabilité et de gain de temps ? Comment se préoccuper de la place de chacun, qu’il soit modèle, objet, soutien ou encore adversaire,  dans le “réseau d’autres” ainsi créé ? Où apprendre à se préoccuper de son propre rapport au groupe, voire de sa propre formation à l’animation de groupe ?

L’espoir est-il que chacun accède à une parole non pas vraie mais juste et qu’ainsi il puisse faire un petit bout de chemin vers l’autonomie, vers une meilleure intégration des interdits qui instituent le sujet psychique ?

Dans cet ouvrage nous interrogeons avec ceux qui ont la responsabilité de ces groupes – qu’ils en soient les promoteurs, les animateurs, les thérapeutes – la différence entre groupe et collectif, entre groupe et bande, entre parole et parlotte, entre conscient et inconscient. Nous réfléchissons à la spécificité du travail “en groupe” et à ses objectifs en tenant compte du contexte culturel et institutionnel dans lequel il se développe. Nous questionnons l’idéologie de la fonction groupe, débattons des pratiques multiples et identifions les démarches indispensables qui, plutôt que de faire disparaître la personne, auraient la chance de la faire exister.





T A B L E   D E S   M A T I E R E S



Avant-propos
Henri De Caevel, président d’honneur du GRAPE


Introduction
Denise Bass, directrice du GRAPE

1 - Groupe et parole


Un groupe, ça parle pas…
Henri De Caevel, psychanalyste (Belgique)

Des groupes pour exister, des groupes pour disparaître
Laure Thibaudeau, psychanalyste

La mixité ne fait pas la différence
Serge Lesourd, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique, directeur du laboratoire de psychologie “famille et filiation” (Université L.Pasteur, Strasbourg)

Le partage de l’inquiétude
Frédéric Vengeon, philosophe

Clinique et question des origines
Mohand Chabane, psychanalyste, spécialisé dans les questions culturelles

Le groupe producteur d’idéologies
Patrick-Ange Raoult, psychothérapeute, maître de conférences (IUFM de Chambéry)

2 - La parole dans les groupes institués


Pourquoi tant de groupes de parole?
Jean-Marc Bouville, économiste et sociologue, enseignant (Gap)

L’imaginaire collectif ou la construction du monde dans les groupes institués
Florence Giust-Desprairies, professeur en sciences de l’éducation (Paris VIII), présidente du CIRFIP

L’équipe, un groupe ?
Jean-Pierre Vidal, psychanalyste, maître de conférences en psychologie (Université de Perpignan)

Les trois temps du désir : à propos des supervisions d’équipe
Arlette Pellé, psychanalyste

La parole des assistantes maternelles dans l’institution
Xavier Gassmann, psychanalyste, animateur de groupes d’analyse de la pratique en placement familial

Parole et silence en réunion
Tristan Garcia-Fons, pédo-psychiatre, directeur de CMPP (réunions de synthèse clinique en équipe pluridisciplinaire)

3 - La parole circule dans les groupes


La parole dans l’animation de groupe
Elisabeth Frantz, psychanalyste et formatrice

Arithmétique de la parole dans le groupe
Bruno Deswaene, psychanalyste et chargé de mission (CREAHI de Champagne-Ardenne)

La parole en groupe de formation
Françoise Petitot, psychanalyste, rédactrice en chef de “La lettre”, revue du GRAPE

Le développement personnel dans la formation professionnelle
Liliane Zylbersztejn, psychodramatiste et psychanalyste

4 - Des groupes pour les parents


Les groupes de parents : à propos du don et contre-don
Jean Beauvais, éducateur, chef de service de L’ARPE (AGEP - Bordeaux)

Avec les parents, des groupes…
Sylvie Haudbert, CESF, animatrice au café de la famille (Sauvegarde du Mans)

Les groupes mères-enfants dans un service d’action éducative en milieu ouvert
Annie Le Calvez, assistante sociale et Huguette Ramillon, éducatrice spécialisée (SSE de l’association Olga Spitzer - Paris)

Groupes d’appartenance et affiliation : à propos d’un groupe de pères maghrébins
Abdellatif Chaouite, rédacteur en chef de la revue “Ecarts d’Identité”, formateur à l’association ADATE (Grenoble)

De mère au singulier à féminin pluriel : à propos de groupes de femmes migrantes
Catherine-Juliet Delpy, psychopédagogue, formatrice au CASNAV

Adaptations groupées à la crèche
Marie-Jo André, directrice de crèche municipale à Paris

Quand des parents font groupe
Anne-Marie Martinez, responsable de placement familial (Val de Marne)

5 - Des groupes pour les enfants


Groupe classe et groupes dans la classe : des enjeux politiques et pédagogiques
Gilles Monceau, maître de conférences en sciences de l’éducation (Paris VIII), intervenant en IUFM

Le groupe en foyer : dimension imaginaire et dispositif institutionnel
Olivier Cadot, éducateur spécialisé en maison d’enfants (Seine St Denis)

6 - Les adolescents et le groupe


De l’agir à la pensée dans les groupes d’adolescents
Karima Lazali, psychologue clinicienne en maison d’enfants (Yvelines)

L’adolescent, entre corps pulsionnel et groupes
Marc Laurent, psychothérapeute en psychiatrie (CMP de Soissons)

Les groupes d’adolescents : expérience de la pratique de psychodrame
Jacques Schiavinato, psychanalyste (Grenoble), membre de la SPP et de l’Institut français d’analyse de groupe et psychodrame

7 - Des groupes à visée thérapeutique


Parole singulière, parole plurielle en thérapie familiale
Evelyne Grange-Ségéral, psychologue et thérapeute familiale, maître de conférences (Université Lyon II)

Pourquoi le groupe et l’objet médiateur dans le soin psychique ?
Claudine Vacheret, professeur à l’université Lumière (Lyon II), psychanalyste, membre de la SPP et du groupe lyonnais de psychanalyse Rhône-Alpes

Travailler en groupe avec des adolescents psychotiques
Maguy Monmayrant, psychanalyste, psychothérapeute à l’institut de rééducation Saint-Simon (Toulouse)

Pourquoi des groupes thérapeutiques en institution ?
à propos d’ateliers d’écriture pour adolescents en CMPP
Maryvonne Collot, orthophoniste, formatrice aux ateliers Claude Chassagny

Quelques réflexions sur le psychodrame psychanalytique
Alain Joukovsky , psychodramatiste et psychanalyste (Gironde)
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